Travail final d'éthique 1995

Je suis retombé sur mon travail final d’éthique que j’avais écrit en 1995 au CÉGEP Maisonneuve à Montréal. C’est étonnant de voir comment certains aspects du texte sont encore en moi, et d’autres ont bien évolué !

Pour en discuter, on peut prendre un café ou une bière sur Paris !

Je ne fonde pas ma vie sur une religion comme certains de mes amis et je n’ai pas non plus de croyances autres que religieuses assez fortes (par exemple, les OVNIS) pour guider mon existence. De plus, il existe au sein de ma famille proche un fait assez extraordinaire qui influe beaucoup sur mes valeurs. Mon frère soufre de déficience mentale alors que j’ai tous les atouts pour “réussir” dans la vie. Ce contraste social est primordial pour ma vision du monde. Cependant, je dois avouer que le cours d’éthique a su apporter chez moi une attitude nouvelle: le désir de préciser sur quoi je base ma vie. Les éthiques d’Épicure et des stoïciens en particulier m’ont aidé à me donner une base sur laquelle je peux et pourrai appuyer mes réflexions.

En premier lieu, je ne suis pas quelqu’un qui s’isole avec son élite intellectuelle. J’ai plutôt un côté humaniste comme Bergson et les stoïciens. Ceci vient sûrement de ma cohabitation avec mon petit frère, plus que de l’enseignement de la catéchèse au primaire. Je crois, sans prétention, être une “âme ouverte” au sens de Bergson, avec peut-être un manque de charisme et d’influence (elle s’arrête pour l’instant à mes proches). Il faut que le sage, à mon sens, respecte tous les êtres humains dans leurs différences, leurs originalités et leurs idéologies. Ceci ne veut pas dire qu’il faut se cacher de peur de se faire corrompre pas la société, comme semblaient faire les épicuriens. Au contraire, il faut chercher à comprendre les causes infinies qui agissent sur tel individu dans telle société. Il ne faut pas mépriser une personne d’une autre couleur ou qui s’habille en orange et mauve. D’ailleurs, le plus grand mal qu’une personne peut subir, c’est le rejet, parlez-en à mon frère. Nous sommes tous des parties intégrantes d’un grand système: l’humanité. Nous sommes tous des frères. Rejeter un frère, c’est affaiblir notre système. C’est donc au sage à aller chercher ces êtres isolés pour les faire fonctionner de nouveau, pour leur redonner une certaine dignité. Il ne faut pas non plus se gêner de le faire malgré les préjugés prévisibles qui seront émis par la société. Non, je ne suis pas Chrétien, mais je prends tout de même certaines parties du message d’amour lancé par Jésus, un des plus grands humanistes de l’Histoire.

En deuxième lieu, il faut savoir accepter la condition humaine comme elle est, peu importe la cause de celle-ci (Dieu, les hommes…). Bien sûr il y a les famines (très médiatisées par Vision mondiale), les conflits mondiaux, les maladies infantiles, les épidémies, les accidents, les viols, les meurtres, etc. Ce sont des événements de la vie qui ne dépendent pas de nous. Donc, dans ces cas, lorsqu’on en prend connaissance, il faut opter pour une attitude balancée entre l’indifférence et l’emportement passionnel. Il s’agit de rester calme, garder son sang froid et réfléchir. Ici l’utilisation de la raison est primordiale. Sommes-nous en moyens pour pouvoir apporter une solution concrète et efficace ? Si nous n’occupons pas un poste d’ordre international ou une influence économique, je doute que l’on puisse faire beaucoup pour les problèmes mondiaux. Si nous sommes des gens ordinaires et de bonne volonté, nous devons regarder en premier autour de nous. Le sage moins influent sur le plan international aidera ses proches dans leurs problèmes. Ceci constitue un défi qui peut s’avérer très intéressant et enrichissant. Les médias nous ont ouvert les horizons sur le monde, mais souvent ils ont fermé nos yeux sur notre entourage. Il ne faut pas se prendre pour un “superhéros” qui sauvera six milliards d’individus (le pauvre n’aurait pas le temps de les compter qu’il serait mort). Bref, devant les horreurs de la vie, il faut savoir s’arrêter et prendre le temps de réfléchir aux solutions possibles que l’on peut apporter. Le sage regarde d’abord et avant tout autour de lui. Il aide ses proches à relever des défis. Il ne se laisse pas emporter par ses émotions. Comme diraient les stoïciens, ces événements ne dépendent pas de nous. Je ne suis pas prêt à dire que tout est nécessairement bon et voulu, mais je suis d’accord que ce sont des facteurs extérieurs et indépendants de nous.

En troisième lieu, je crois que la communication est fondamentale. Ceci regroupe pour moi deux grands thèmes qui aident par la suite à l’humanisme et à l’acceptation de la condition humaine. Il s’agit premièrement de l’éducation et deuxièmement de l’amitié. Ce sont deux formes de communications qui ne peuvent qu’enrichir les individus et leur donner une chance d’avoir une pensée générale plus critique face aux divers discours. Elles permettent la transmission du savoir et une meilleure compréhension des sentiments d’autrui (par l’analyse des contextes). Je crois aussi que l’éducation nous libère des préjugés et des opinions véhiculées par les sociétés, par les parents, etc. Avec l’avènement de la télévision dans le quotidien et sa tournure un peu moins éducative qu’autrefois, il faut se donner des armes face à des discours façonnés par les gens de pouvoir. Comme je disais, il ne faut pas se couper de la société de peur qu’elle nous affecte négativement, mais il s’agit de se défendre grâce à l’éducation. Bergson affirme quant à lui que la première morale de l’individu réside dans la société. Je dis qu’il faut tenter de prendre un certain recul face à cette première morale pour la personnaliser un peu plus. La liberté dépendant selon moi de l’éducation, le sage encouragera ses proches à s’éduquer. D’ailleurs, l’éducation permet de choisir plus librement de bons amis. Il ne faut pas tomber dans la dépendance de “beaucoup” de monde, mais l’amitié est primordiale. Étant donné que nous sommes armés face aux opinions extérieures, il s’agit d’être prudent, confiant en soi et en l’autre pour entreprendre une relation profonde et intime. Les épicuriens croient que l’origine de l’amitié est l’utilité. Je suis d’accord, mais je précise ce qu’est l’utilité recherchée. C’est d’avoir la possibilité de partager des connaissances et le sentiment d’être soutenu et épaulé dans nos moments difficiles. L’ami nous apporte une écoute active et attentive, ce qui peut être très valorisant. Bref, la communication permet une meilleure compréhension des sentiments des autres et une plus grande liberté morale.

En dernier lieu, j’aimerais définir les qualités du sage à mes yeux. Comment vit-il sa vie personnelle, comment peut-il atteindre le bonheur ? Se défouler dans des activités appropriées est très important. Personnellement, j’adore écouter de la musique avec beaucoup de rythme, seul dans ma chambre. Je me laisse emporter par les chansons, ce qui me permet de faire le vide (on n’a pas besoin de drogue pour atteindre ce but). Aussi, pour les plus sportifs, pratiquer des sports permet de rejoindre l’objectif de défoulement (surtout si le sport demande une intensité élevée). Ceci m’amène à parler d’intensité. Il s’agit d’un aspect important de mon éthique. Toutes les activités entreprises doivent être vues comme des défis. Il faut mettre l’accent sur celles-ci, une par une, et se donner pleinement, même si certaines activités semblent anodines. On doit se concentrer sur tout ce que l’on entreprend. La constance n’est pas à négliger non plus. Il ne faut pas avoir une humeur aux allures de montagnes russes, c’est-à-dire un état suicidaire un jour et l’autre celui d’un gagnant récent à la loterie. Il faut garder une certaine ligne droite dans les émotions. D’autre part, relever des défis à partir de nos plus grandes faiblesses constitue une source de motivation face à la vie. Il faut une grande volonté dont on peut se servir librement comme diraient les stoïciens. Comme on peut le constater, ces caractéristiques sont de l’ordre du présent. En effet, j’affirme que pour connaître le bonheur, il s’agit principalement de vivre au présent. On a tout pour être heureux. Il s’agit de s’en rendre compte maintenant. Il faut atteindre à chaque lever du soleil un équilibre, une stabilité avec soi-même. Malheureusement, l’éducation, le marché du travail et tous les régimes sociaux sont axés sur le futur. Il faut combattre cette machine pour atteindre le bonheur. Il ne faut pas s’acharner sur le temps qui viendra, car on ne peut rien contrôler de celui-ci et on perd un temps précieux (les épicuriens seraient peut-être d’accord avec moi si je parlais d’atteindre le Plaisir). Bref, il faut apprécier le présent, se donner à cent pour-cent à chaque instant et éliminer les soucis de l’avenir. Vivre au présent ne veut pas dire de ne pas avoir de projets, mais bien de ne pas laisser gâcher sa vie par ceux-ci. Souvent, les jeunes personnes sacrifient beaucoup de bon temps dans l’espoir d’obtenir un bon salaire et de faire l’acquisition d’une belle maison, alors qu’ils devront composer avec tous les gens qui seront jaloux, voleurs, etc. On ne peut pas ainsi être heureux. Je crois que ces jeunes ne savent pas bien utiliser leur éducation étant plongée dans une certaine société donnée qui met au haut de l’échelle des valeurs telles la gloire, la richesse, le prestige, la réussite sociale, etc. Il faut savoir savourer chaque instant de notre vie, avec ce que l’on a (les épicuriens affirment que le sage se satisfait de ce qu’il a et de ce qu’il est).

En concluant, je voulais profiter de l’opportunité donnée par ce travail final pour voir où ma réflexion personnelle en était rendue suite au cours d’éthique. Je crois avoir beaucoup évolué au cours de la session grâce aux discussions provoquées par l’étude d’Épicure et des stoïciens. Cependant, je me rends compte que ce n’est pas facile de dicter une façon de vivre moralement. Il me reste beaucoup de chemin à accomplir, mais je suis heureux que le phénomène de réflexion soit entrepris chez moi. On peut résumer les éthiques d’Épicure par Plaisir, des stoïciens par Vertu et de Bergson par Création. Je me risque en résumant la mienne par Vie intense et ouverte.